ESR

La SSII ESR a été condamnée suite au licenciement pour faute grave d’un technicien micro réseaux, indemnité de licenciement et rappel de salaire et prime de treizième mois

Le licenciement pour faute grave a été notifié par la SSII ESR au technicien micro réseaux dans les termes suivants : «...nous vous notifions par la présente votre licenciement par faute grave.
Vous avez intégré notre société en date du 23 mars 1998 et vos fonctions sont celles d’ingénieur systèmes, sous statut cadre, position 2.2, coefficient 130.
Votre mission chez notre client EDS se terminant, nous vous avons demandé de venir au siège dans l’attente de vous trouver une nouvelle mission.
Vous avez signé en date du 28 avril 2008, une note d’information applicable aux consultants en intermission…. »

La société ESR avis 
Technicien micro réseaux

La société ESR avis technicien micro réseaux

La société ESR

ESR – 2 rue de Paris – 92190 MEUDON

Convention collective nationale des bureaux d’études techniques, cabinets d’ingénieurs-conseils, sociétés de conseil, dite Syntec.

Le contrat de travail de technicien micro réseaux

Le salarié a été engagé à compter du 23 mars 1998, suivant contrat à durée indéterminée, par la société ESR en qualité de technicien micro réseaux, position II.1, coefficient 175, puis d’ingénieur systèmes position 1.1. Il a été classé à compter du 1er avril 2008 ingénieur position 2.2, coefficient 130 et son salaire mensuel brut de base s’est élevé à compter de cette date à 3.426 euros.

La procédure de licenciement

Après un entretien préalable le 10 juillet 2008, Monsieur X a été licencié pour faute grave par lettre recommandée avec demande d’avis de réception du 17 juillet 2008.

Contestant son licenciement et estimant ne pas avoir été rempli de ses droits, il a saisi, le 15 septembre 2008, le conseil de prud’hommes.

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La lettre de licenciement

La lettre de licenciement notifiée par la société ESR

La lettre recommandée avec avis de réception du 17 juillet 2008 rédigée comme suit:

«...nous vous notifions par la présente votre licenciement par faute grave.

Vous avez intégré notre société en date du 23 mars 1998 et vos fonctions sont celles d’ingénieur systèmes, sous statut cadre, position 2.2, coefficient 130.

Votre mission chez notre client EDS se terminant, nous vous avons demandé de venir au siège dans l’attente de vous trouver une nouvelle mission.

Vous avez signé en date du 28 avril 2008, une note d’information applicable aux consultants en intermission.

Pendant cette période vous vous êtes engagé à être présent au sein de nos locaux conformément aux horaires applicables au personnel du siège.

Nous vous avons informé que cette période serait propice pour échanger avec nos commerciaux sur différents projets de positionnement, votre consultante en ressources humaines pour effectuer notamment la mise à jour de votre CV, et vous auto former dans nos laboratoires en bénéficiant également de notre bibliothèque.

A plusieurs reprises, monsieur T et votre manager vous ont alerté et mis en garde sur vos horaires au siège trop aléatoires, vos absences sans justifications, votre refus de remplir vos fiches de suivi individuel. Vous vous êtes obstiné à ne pas respecter les directives de votre employeur.

Depuis le 17 juin 2008, vous ne vous êtes pas présenté au siège et n’avez plus donné aucun signe de vie.

Constatant votre refus d’obtempérer, et votre abandon de poste, nous vous avons convoqué à un entretien préalable à un licenciement.

Au cours de cet entretien, en toute mauvaise foi, vous avez dans un premier temps nié votre absence pendant cette période en remettant en cause la parole de monsieur T, dont une des principales missions est la gestion du personnel sous contrat.

Puis, vous êtes revenu sur cette affirmation et avez reconnu votre absence depuis 17 juin 2008.

Les explications que vous avez fournies lors de notre rendez-vous ne nous ont pas permis de modifier notre appréciation.

Nous sommes donc amenés à considérer que les conséquences immédiates de votre comportement rendent impossible la poursuite de votre activité, même durant la période de préavis.

Pour toutes les raisons indiquées ci-dessus nous vous notifions par la présente votre licenciement pour faute grave.»;

La société ESR
prud’hommes

Action aux prud’hommes contre la société ESR

Par jugement de départage 10 septembre 2010, le conseil de prud’hommes a condamné la société ESR à payer à Monsieur X la somme :

  • 8.340,00 € brut à titre de rappel de prime de treizième mois
  • 834,00 € au titre des congés payés afférents, avec intérêts au taux légal à compter du 22 septembre 2008,

-rappelé les dispositions de l’article R. 1454-28 du code du travail sur l’exécution provisoire de droit,

-débouté les parties du surplus de leurs demandes,

-dit que chaque partie supportera la charge de ses propres dépens.

Le salarié a régulièrement interjeté appel de cette décision.

La société ESR
condamnée :
Décision de la cour d’appel

La société ESR condamnée : Décision de la cour d’appel

La COUR,

Statuant publiquement, par arrêt CONTRADICTOIRE,

Infirme le jugement du conseil de prud’hommes de Boulogne-Billancourt en date du 10 septembre 2010 et statuant à nouveau :

Dit le licenciement de Monsieur X dépourvu de cause réelle et sérieuse,

Condamne la société ESR à payer à Monsieur X les sommes suivantes:

  • 30.000,00 € à titre d’indemnité pour licenciement sans cause réelle et sérieuse,
  • 10.278,00 € à titre d’indemnité de préavis,
  • 1.028,00 € au titre des congés payés afférents,
  • 12.312,40 € à titre d’indemnité de licenciement,
  • 3.635,68 € à titre de rappel de salaire,
  • 363,56 € au titre des congés payés afférents,
  • 8.513,78 € à titre de prime de treizième mois,
  • 851,38 € au titre des congés payés afférents,

Dit que les créances salariales et l’indemnité de licenciement sont productives d’intérêts au taux légal à compter du jour de la réception par l’employeur de la lettre le convoquant devant le bureau de conciliation,

Dit que la créance indemnitaire est productive d’intérêts au taux légal à compter du présent arrêt,

Ordonne à la société ESR de remettre à Monsieur X des bulletins de salaire, un certificat de travail et une attestation destinée à l’assurance chômage conformes au présent arrêt,

Dit n’y avoir lieu de prononcer une astreinte,

Ordonne le remboursement par la société ESR aux organismes concernés des indemnités de chômage qu’ils ont, le cas échéant, versées à Monsieur X à concurrence d’un mois,

Condamne la société ESR à payer à Monsieur X la somme de 3.000,00 € en application de l’article 700 du code de procédure civile,

Déboute la société ESR de sa demande d’indemnité de procédure,

Condamne la société ESR aux entiers dépens.

La société ESR
condamnée
MOTIFS DE LA DÉCISION

Sur la demande en paiement de la prime de treizième mois pour la période du 1er janvier 2006 au 19 juillet 2008:

Considérant que le contrat de travail de Monsieur X stipule qu’il percevra un salaire mensuel brut de 1 936,10 euros, à laquelle s’ajoutera un treizième mois pour le personnel ayant un minimum de trois mois de présence, de sorte que sa rémunération annuelle brute sera de 25 169,30 euros; que le treizième mois sera versé prorata temporis depuis la date d’entrée dans la société à raison d’un demi-mois en décembre et d’un demi-mois en juillet; que le salaire mensuel brut de base du salarié, qui s’élevait à 2927,03 euros au 1er janvier 2003, a été porté à 3 070 euros au 1er avril 2004, puis à 3326 euros au 1er janvier 2006; que l’avenant au contrat de travail signé par les parties le 21 mars 2008 à effet au 1er avril 2008, qui porte la rémunération mensuelle du salarié à 3 426 euros, payable douze fois par an, stipule que les autres conditions de son contrat de travail demeurent inchangées;

Considérant que Monsieur X, soutenant que la prime de treizième mois ne lui a plus été versée à compter de l’année 2006, revendique le paiement d’un rappel de prime de treizième mois de 10 620 euros pour la période comprise entre le 1er janvier 2006 et la rupture de son contrat de travail en juillet 2006; que la société ESR, qui fait valoir que la prime de treizième mois a été intégrée au salaire mensuel brut du salarié à compter du 1er janvier 2006, soutient que le salarié a été rempli de ses droits;

Considérant cependant que la modification de la structure de la rémunération d’un salarié constitue une modification du contrat de travail, qui ne peut intervenir sans son accord; qu’il résulte de l’article 8 de la convention collective Syntec que cette modification doit faire l’objet d’une notification écrite de la part de l’employeur acceptée par l’intéressé; qu’à supposer qu’en 2006, la société ESR n’ait pas octroyé à Monsieur X une augmentation de son salaire mensuel brut de base de 256 euros, mais simplement intégré la prime de treizième mois dans le salaire de base du salarié, comme elle le prétend sans verser toutefois aucun pièce à l’appui de cette allégation, elle ne rapporte pas la preuve qu’elle a notifié cette modification de son contrat de travail au salarié par écrit et qu’il l’a acceptée;

qu’en l’absence de stipulation concernant cet élément de rémunération distinct du salaire, l’avenant signé par les parties à effet au 1er avril 2008 n’a pas supprimé la prime de treizième mois; que Monsieur X ait dès lors bien fondé à revendiquer le paiement de cette prime pour la période d’emploi du 1er janvier 2006 au 19 juillet 2008; que le montant de cette prime s’élevant à 3 326 euros pour l’année 2006, à 3 326 euros pour l’année 2007 et à 1 861,78 euros pour la période du 1er janvier au 19 juillet 2008, durant laquelle il lui a été versé, selon ses bulletins de paie de ces sept mois, un salaire brut de base de 22 341,39 euros, il convient d’infirmer le jugement déféré et de condamner la société ESR à payer à Monsieur X la somme de 8 513,78 euros à titre de rappel de prime de treizième mois pour la période considérée ainsi que la somme de 851,38 euros au titre des congés payés afférents.

Sur le licenciement :

Considérant qu’il est établi par les pièces produites que Monsieur X, retiré par la société ESR, le 25 avril 2008, de la mission à laquelle il avait été affecté à compter du 21 janvier 2006 au sein de la société Sun microsystems France pour une durée prévisible de cinq mois renouvelable, s’est trouvé par suite, à compter du lundi 28 avril 2008, en situation d’inter-contrat et qu’il a accepté à cette date les règles suivantes, qui lui ont été notifiées par écrit par son employeur:

*mettre à profit cette période pour:

  • échanger avec les commerciaux de la société et avec son consultant de ressources humaines (mise à jour de son cv),
  • compléter sa formation sur les nouvelles technologies des marchés de la société (consultation de la presse spécialisée, suivant disponibilité, consultation via les accès internet),
  • examiner et étudier toutes les missions que les commerciaux de la société lui proposeront,
  • s’auto-former dans les laboratoires mis à sa disposition dans l’entreprise (Unix, Windows, anglais, Itil,…),

-continuer à adresser son formulaire mensuel d’activité dans les deux jours ouvrés suivant la fin du mois,

*être présent dans les locaux de l’entreprise suivant les horaires applicables au personnel du siège (9h-12h / 13h30-18h du lundi au jeudi, 9h-12h / 13h10-17h le vendredi, sauf jours fériés, à défaut de quoi, il serait considéré, sauf feuille individuelle d’avis d’absence signée de son responsable, en absence injustifiée;

Considérant que selon les bulletins de paie produits, Monsieur X a été en absence autorisée du 30 avril au 12 mai (jours de RTT, journée de solidarité, absence gratuite, jour férié chômé) ainsi que le 23 mai (jour de RTT) et le 14 juin 2008 (jour férié chômé);

Considérant que s’il résulte de la fiche de suivi établie par Madame L, consultante ressources humaines de la société ESR, que si les commerciaux de l’entreprise ont ‘positionné’ Monsieur X sur plusieurs appels d’offre avant son retrait de la mission au sein de la société Sun microsystems France, le 2 avril sur une offre de la société EDS, le 9 avril sur une offre de la société France telecom, le 16 avril sur des offres de la société Neuf telecom et de la société FT DPS, la proposition faite par la société ESR n’a pas été retenue par ces entreprises et la présentation du salarié à la société Bouygues telecom le 23 avril 2008 n’a pas eu de suite concrète; qu’à compter de la fin de sa mission au sein de la société Sun microsystems France, le 25 avril 2008, il n’a pas été ‘positionné’ sur de nouvelles offres, sinon le 14 mai 2008 sur une offre de la société PSA, qui a manifesté dès le 21 mai son refus de l’offre de service de la société ESR;

Considérant que dans un courriel du 4 juin 2008, Monsieur X a attiré l’attention de son responsable, Monsieur S, lui rappelant qu’il est en inter-contrat depuis le 28 avril, qu’il est tout le temps au siège et qu’il s’ennuie énormément à force de ne rien avoir à faire, se plaignant de ce qu’on l’oblige à être au siège tous les jours même si on ne lui propose aucune mission et de ce que, lorsqu’il reste à son domicile, il a droit à des remarques, celui-ci lui ayant fait une remarque pour être arrivé à 10 heures le 14 mai et être parti vers 16 heures le 20 mai et pour avoir été absent le vendredi 30 mai, et demande qu’on lui trouve assez rapidement un poste pour l’occuper;

Considérant que par lettre recommandée avec avis de réception du 9 juin 2008, la société ESR a engagé une procédure de licenciement à son encontre, le convoquant à un entretien préalable à un éventuel licenciement fixé au 17 juin 2008, auquel il ne s’est pas présenté, n’ayant retiré la lettre recommandée que le 23 juin 2008;

Considérant que dans un courriel du 18 juin 2008, Monsieur X a écrit à Monsieur S qu’il avait constaté au vu de la réunion d’inter-contrat du vendredi 13 juin, animée par Monsieur T, adjoint aux directions des opérations, qu’il n’y avait visiblement pas d’issue à sa situation, que rien n’avait bougé depuis son courriel du 4 juin, que cette situation devenait trop pesante pour lui, que cette longue période d’inactivité était trop difficile à vivre pour lui et qu’il espérait une solution d’ici peu;

(Se reporter à la lettre de licenciement publiée plus haut)

Considérant qu’il incombe à l’employeur de rapporter la preuve de la faute grave qu’il invoque à l’appui du licenciement;

Considérant que la société ESR n’établit pas que Monsieur X n’ait pas adressé son formulaire mensuel d’activité dans les deux jours ouvrés suivant la fin de chaque mois, conformément aux règles qu’il a approuvées le 28 avril 2008 ; que s’agissant de l’établissement d’un compte-rendu hebdomadaire d’activité, il n’est démontré ni qu’il ait revêtu un caractère obligatoire pour le salarié, ni que celui-ci s’y soit effectivement soustrait, Madame L attestant seulement que, l’ayant relancé le 2 juin 2008, lorsqu’elle l’a croisé dans la salle d’inter-contrat, pour qu’il lui transmette comme chaque semaine son compte-rendu d’activité hebdomadaire, il lui a précisé qu’il ne souhaitait pas le remplir;

que la lettre de licenciement fixant les limites du litige, il n’y a pas lieu d’examiner le grief fait par l’employeur au salarié d’avoir fait de ‘fausses déclarations’ dans le compte-rendu d’activité hebdomadaire qu’il a adressé par courriel à M. T et à Madame L, le vendredi 20 juin 2008 à 9 heures 15 pour la semaine du 16 au 20 juin 2008, en mentionnant, au titre de son activité de la semaine, outre sa veille technologique, qui pouvait être effectuée en tous lieux, une réunion inter-contrat prévue au siège le vendredi après-midi à laquelle, selon le courriel de M. T du 1er juillet 2008, il ne se rendra pas; qu’il n’est pas établi que la société ESR ait demandé à Monsieur X d’émarger quotidiennement une feuille de présence à chaque début et à chaque fin de service, comme prévu par l’article 14 d’un règlement intérieur à l’origine indéterminée dont la société ESR produit une page isolée;

Considérant que le grief tiré du refus de Monsieur X de remplir ses fiches de suivi individuel n’est pas fondé;

Considérant qu’il est établi que Monsieur X, qui avait expressément accepté, aux termes d’un document écrit du 28 avril 2008, d’être présent dans les locaux de l’entreprise suivant les horaires applicables au personnel du siège a reconnu être arrivé à 10 heures le 14 mai, être parti vers 16 heures le 20 mai et être resté à son domicile le vendredi 30 mai; qu’il résulte en outre de la fiche de suivi établi par Madame L qu’il est parti à 16h20 le 2 juin 2008 et qu’il a été absent du bureau le 2 juin au matin et le 4 juin au matin; que la société ESR, qui fait état de mises en garde faites au salarié et d’une réunion de recadrage le 6 juin 2008, ne produit toutefois aucun élément à l’appui de ces allégations et qu’il n’est pas établi qu’elle ait manifesté sa désapprobation au salarié en dehors des simples remarques faites par son responsable rapportées dans le courriel du 4 juin 2008;

Considérant qu’il n’est pas démontré que Monsieur X ait abandonné son poste à compter du 17 juin 2008; que la société ESR, qui affirme que le salarié a reconnu, lors de l’entretien préalable du 10 juillet 2008, être absent depuis le 17 juin 2008, ne produit aucun élément venant corroborer cette allégation; que si Madame L atteste qu’elle n’a pas vu le salarié dans les bureaux le 17 et le 18 juin 2008 et l’a mentionné comme absent sur sa fiche de suivi durant ces deux jours, elle se borne à attester pour la période postérieure qu’elle n’a pas eu de contact avec lui; que la fiche de suivi ne mentionne pas d’absence postérieure à celle du 18 juin 2008; que si, dans son courriel du 1er juillet 2008, Monsieur T indique ne pas avoir vu Monsieur X au siège social depuis le mardi 17 juin 2008 et que celui-ci n’était pas présent à la réunion hebdomadaire du vendredi 20 juin 2008, il n’en résulte pas que l’intéressé ait été constamment absent à compter du 17 juin 2008; que l’abandon de poste imputé au salarié ne peut se déduire du seul fait qu’il a établi le 9 juin 2008 et fait enregistrer les statuts d’une société unipersonnelle, qui sera immatriculée au registre du commerce et des sociétés le 19 août 2008, dont il n’est pas démontré qu’elle ait eu une activité avant son licenciement, le 17 juillet 2008, le salarié étant légitime, compte-tenu de l’inactivité forcée subie au siège de l’entreprise, dont il avait dénoncé le caractère pesant, à préparer une éventuelle reconversion professionnelle; que le grief tiré d’un abandon de poste de Monsieur X n’est pas fondé;

Considérant que les seuls faits invoqués dans la lettre de licenciement dont la preuve est rapportée par la société ESR sont: le non-respect par Monsieur X de l’horaire collectif de travail, les 14 mai, 20 mai et 2 juin et de l’obligation de présence au siège de l’entreprise le 30 mai, le 2 juin au matin, le 4 juin au matin, le 17 et le 18 juin 2008;

Considérant cependant que le contrat de travail comporte l’obligation pour l’employeur de fournir au salarié le travail convenu; que la décision prise par la société ESR de retirer sans motif à Monsieur X la mission qu’il effectuait au sein de la société Sun microsystems, poursuivie par un autre salarié, sans lui offrir une autre mission, le laissant sans affectation et sans mission impartie au siège de l’entreprise du 28 avril 2008 jusqu’à son licenciement, le 17 juillet 2008, sans qu’elle justifie avoir recherché activement une nouvelle mission pour l’intéressé au cours de cette période, caractérise un manquement de l’employeur à ses obligations contractuelles; que dans ces circonstances, le comportement du salarié, qui comptait une ancienneté de dix ans dans l’entreprise, ne constitue pas une cause réelle et sérieuse de licenciement; qu’il convient en conséquence d’infirmer le jugement déféré et de dire le licenciement dépourvu de cause réelle et sérieuse;

Considérant qu’au moment du licenciement, Monsieur X avait au moins deux années d’ancienneté et que la société ESR employait habituellement au moins onze salariés; qu’en application de l’article L. 1235-3 du code du travail, l’intéressé peut prétendre à une indemnité pour licenciement sans cause réelle et sérieuse qui ne peut être inférieure au montant de ses salaires bruts pendant les six derniers mois précédant son licenciement;

Considérant qu’en raison de l’âge du salarié au moment de son licenciement, 40 ans, de son ancienneté dans l’entreprise, du montant de la rémunération qui lui était versée, de son aptitude à retrouver un emploi eu égard à sa formation et à son expérience professionnelle ainsi que des justificatifs produits, dont il résulte qu’il a exercé peu après la rupture de son contrat de travail une activité professionnelle rémunératrice, la cour fixe le préjudice matériel et moral qu’il a subi à la somme de 30 000 euros; qu’il convient en conséquence de condamner la société ESR à lui payer la somme de 30 000 euros à titre d‘indemnité pour licenciement sans cause réelle et sérieuse;

Sur la demande en paiement de la somme retenue sur salaire pour absence injustifiée:

Considérant qu’il résulte des bulletins de paie versés aux débats qu’après avoir versé à Monsieur X son salaire intégral pour la période du 1er juin au 19 juillet 2008, la société ESR a retenu en août 2008, sur les sommes versées à l’intéressé au titre de la prime de vacances (333,63 euros), de l’indemnité compensatrice de congés payés (5 050,70 euros), de l’indemnité compensatrice de jours de RTT (474,30) et de l’indemnité compensatrice de repos compensateur (95,55 euros), la somme de 3 635,38 euros pour 161 heures d’absence injustifiée;

Considérant que la société ESR fait valoir qu’elle était bien fondée à retenir cette somme, le salarié n’ayant plus fourni de prestation de travail à compter du 17 juin 2008; que Monsieur X conteste ne pas s’être tenu à la disposition de l’employeur pour exécuter le travail convenu;

Considérant qu’il incombe à l’employeur, tenu au paiement du salaire, de rapporter la preuve que la retenue effectuée sur le salaire de l’intéressé était justifiée; qu’il n’est pas établi que Monsieur X ne se soit pas tenu à la disposition de son employeur pour exécuter sa prestation de travail; qu’il apparaît au contraire que c’est la société ESR qui n’a pas fourni le travail convenu, ce dont aucune stipulation contractuelle ne pouvait la libérer; qu’il convient en conséquence d’infirmer le jugement déféré et de condamner l’employeur à payer au salarié la somme de 3 635,38 euros, indûment retenue sur ses créances salariales au mois d’août 2008, ainsi que la somme de 363,54 euros au titre des congés payés afférents.

Sur les indemnités de rupture:

Considérant qu’en l’absence de faute grave et a fortiori de cause réelle et sérieuse fondant le licenciement, Monsieur X peut prétendre à une indemnité compensatrice du préavis, fixé par l’article 15 de la convention collective applicable à trois mois; qu’il convient en conséquence d’infirmer le jugement déféré et de condamner la société ESR à payer à Monsieur X la somme de 10 278 euros, qu’il réclame à titre d’indemnité compensatrice de préavis ainsi que la somme de 1 027,80 euros au titre des congés payés afférents;

Considérant que Monsieur X a droit à l’indemnité de licenciement, qui calculée conformément à l’article 19 de la convention collective, s’élève, au vu de ses bulletins de paie, à la somme non contestée de 12312,40 euros; qu’il convient en conséquence d’infirmer le jugement déféré et de condamner la société ESR à payer ladite somme à Monsieur X.

Sur la demande de remise de documents sociaux rectifiés :

Considérant qu’il convient d’ordonner à la société ESR de remettre à Monsieur X des bulletins de salaire, un certificat de travail et une attestation destinée à l’assurance chômage conformes au présent arrêt;

Considérant que le prononcé d’une astreinte ne s’avère pas nécessaire;

Sur les intérêts des sommes allouées:

Considérant que les intérêts légaux courent, conformément aux articles 1153 et 1153-1 du code civil, à compter de la demande pour les créances salariales et l’indemnité de licenciement que le juge ne fait que constater, à savoir à compter de la réception par l’employeur de la lettre le convoquant devant le bureau de conciliation, et à compter du jour où la créance est judiciairement fixée pour les créances indemnitaires, à savoir à compter du présent arrêt;

Sur le remboursement des indemnités de chômage aux organismes concernés:

Considérant qu’en application de l’article L. 1235-4 du code du travail, il y a lieu d’ordonner le remboursement par la société ESR aux organismes concernés, parties au litige par l’effet de la loi, des indemnités de chômage qu’ils ont versées, le cas échéant, à Monsieur X à compter du jour de son licenciement, et ce à concurrence d’un mois;

Sur l’indemnité de procédure:

Considérant qu’il apparaît équitable d’infirmer le jugement déféré et de condamner la société ESR à payer à Monsieur X la somme de 3 000 euros au titre de l’article 700 du code de procédure civile pour l’ensemble des frais irrépétibles qu’il a exposés tant en première instance qu’en cause d’appel;

Considérant qu’il convient de débouter la société ESR de cette même demande ;

Avocat droit du travail

Message aux salariés de la SSII ESR et à tous les salariés et Freelances

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